Inflation signalétique et prolifération sub-signalétique

Parasitisme publicitaire, signalétique et sub-signalétique. Politique de l'explicite, de l'implicite et du non-signifiant.

Perméabilité sensorielle et cécité conceptuelle

Novembre 2014

Au delà d'une opposition à l'invasion publicitaire, opposition largement partagée et presque consensuelle, ces notes mettent l'accent sur un enjeu voisin mais échappant au sens commun critique.

Il s'agit d'élargir le concept de pollution publicitaire à celui de pollution signalétique, puis de passer de l'idée de pollution signalétique (de nuisance, de surcharge) à un concept de pollution sensorielle par stimulis non-signifiants issus des dispositifs techniques.

Cette ambition correspond à des défis réels, attestés et en devenir. L'intention étant d'intégrer le tout comme source de préjudice et enjeu d'intégrité. La problématique serait alors élargie, enrichie à la mesure et selon la nature des intrusions. On pourrait ainsi mieux définir un certain type d'atteinte à la tranquillité et une sphère sensorielle à protéger aux confins du corps et de l'esprit. Parfois minimes pris un à un, les dérangements concernés constituent le cas échéant un syndrome à part entière par effet de fréquence et d'intensification.

 A Scanner D.

Je pose deux niveaux de phénomènes : l'invasion signalétique ; l'inflation sub-signalétique — Ces deux espèces se déploient l'une comme l'autre dans la vaste sphère de la médiation artéfactuelle (mise en œuvre par des programmes, des appareils, des dispositifs techniques, électroniques, numériques). Mais, alors que la première classe — signalétique — est formée de signaux explicites, la seconde — sub-signalétique — est composée de stimulis non-informatifs. Ces derniers débordent (« par le bas ») les émissions informatives et communicationnelles (au sens originaire de ces mots) ou surgissent indépendamment de tout dispositif informatif.

L'inflation signalétique.

Le constat d'invasion publicitaire par les signaux de promotion commerciale étant fait, je dirai qu'une invasion signalétique plus large la prolonge, la complète, lui fait pendant dans une dynamique de saturation. Cette inflation, invasion,A Scanner D.prolifération... concerne le balisage et les alertes. Elle caractérise l'expression et le soulignement d'éléments fonctionnels non commerciaux mais acquérant, par manie signalétique, certains traits de l'interpellation commerciale. Les manifestations en sont sonores, visuelles, vibratoires. Elles ont une affinité pour les effets rythmiques : répétition, intermittence, clignotement. Ces signaux proviennent d'émetteurs assez sophistiqués sur le plan technologique (quoique banalisés) et très primitifs quant à leur substance et leur effets. Ainsi, ils préfèrent les effets lumineux à l'écrit, et s'ils font usage de l'écrit c'est volontiers dans un combiné où surcharge, mouvement, intermittence et autre défilement contredisent la nature statique des lettres et des mots (les domaines où lettrage et graphisme statiques perdurent mais où, néanmoins, peuvent très bien s'introduire des effets de surcharge non-signifiante et significative d'un esprit du temps seront l'objet d'une évocation à part). Cette signalétique est le plus souvent à fort niveau de redondance. Les signaux en soulignent d'autres et se soulignent eux-mêmes sans aucun sens de l'économie informationnelle. L'effet d'énervement — l'excitation nerveuse et l'anticipation sur les mouvements attentionnels et intentionnels — leur est rarement contingent mais constitue le plus souvent une de leurs intentions.

Une partie de ces phénomènes remonte aux relais électromagnétiques, au cinéma, à la la télévision, à la publicité et surtout à la symbiose de tous ces éléments. Le syndrome devient nettement plus aigu avec l'omniprésence des circuits intégrés numériques (dizaines de milliers, centaines de milliers, millions de transistors concentrés dans une pastille de silicium) connectés entre eux, reliés à des mémoires, des capteurs, des émetteurs, interagissant avec chaque chose, moyens de transports individuels et collectifs, équipement professionnel et domestique, espace public. Quant aux dispositifs classiques d'accès à l'internet, tant que leur modularité existe, et dans la mesure où cette modularité perdure, se développe et se démocratise, ils ne représente peut-être pas le domaine le plus inquiétant. — Quoi qu'il en soit, si la technologie facilite l'invasion signalétique elle n'en est pas le déterminant unique. Cette tendance va de pair avec un système social qui ne déteste rien autant que la vacance des espaces et la neutralité des surfaces.


La surcharge infra-signalétique existe y compris sur des supports inertes, par exemple de type papier imprimé, journaux, affiches. Le corps propre peut également supporter signaux ou stimulis (au delà de la parole, de la gestuelle et autres instruments fondamentaux d'expression et de dialogue).

Au moins depuis les temps néolithiques, des animaux domestiques sont (avec une grande variabilité selon les périodes, les cultures, les milieux et les individus) utilisés (éventuellement de manière combinée avec d'autres fonctions) comme motifs signalétiques ou supports d'expression para ou infra-sémiotique.

De tels médiums n'appartiennent pas (pas encore) au domaine que j'ai simplement qualifié de technique, ils relèvent néanmoins de plein droit d'une enquête qui se voudrait globale sur la masse signalétique et para-signalétique, ses fluctuations, la prédilection dont elle est l'objet, les pathologies dont elle peut relever. Je réserve quelques remarques à suivre sur ces questions. La façon dont ces espèces diffèrent des émissions adventices issues des dispositifs techniques et la manière dont ces domaines peuvent s'articuler est un champ ouvert à l'observation. Une recherche empirico-hypothétique sur le plan esthético-sémiologique pourrait envisager des chevauchements entre l'inerte, le naturel et l'artéfactuel, sous l'influx combiné des développements technologiques, des lobbies commerciaux et des lubies culturelles. — Avant d'aller plus loin, une chose à faire serait bien sûr de rechercher une éventuelle présence dans le champ scientifique et documentaire de problématiques apparentées à celle-ci.

 

Le sub-signalétique

Le sub-signalétique désigne tout stimulus non instrumental (sans finalité précise), greffé ou non sur un signal (instrumental) mais pouvant en être distingué. À la rigueur, il s'agit des « signaux » qui ne signifient rien, autrement dit de l'ensemble des bruits et des interférences générés sciemment, de manière organisée et technologique sans finalité précise — Ce champ représente une vaste sphère de médiation artéfactuelle et humaine... De médiation car concernant des chaînes et des réseaux d'agents... Artéfactuelle car technologique... Humaine car l'humain y est présent à maint niveau, le récepteur final lui-même n'étant pas obligatoirement réduit à une entière passivité mais pouvant fréquemment limiter, amplifier ou encore relancer l'émission... voire même en combiner plusieurs..., ou encore en fabriquer de nouveaux, une des manières pour cela étant de « dérégler » des signaux, de les décombiner (comme dans les bars où l'image télé se combine à une musique qui n'a rien à voir, où plusieurs écrans créent un effet de diffraction), en les « désignifiant » en quelque sorte. L'espace global qui correspond à cette engeance dont notre époque voit la prolifération est celui qui relie tout artéfact émetteur de stimulis prémédités (non-causés de manière contingente) à tout récepteur (à toute personne en tant que dotée d'un système sensoriel — et, à la rigueur, pas forcément d'un cortex cérébral). Cette sphère des stimulis artéfactuels non signalétiques ne correspond pas à la sphère communicationnelle à laquelle le sens commun (discoureurs intellectuels compris, discoureurs intellectuels surtout) a trop tendance à limiter ses conceptions et sa critique.

Le signalétique (le sémiotique) est soumis à l'ordre du signifié, à l'intention de signifier. Par l'intermédiaire du corps (des récepteurs sensoriels) il vise l'esprit. L'esprit ou du moins un certain champ intellectuel (cognitif) même très simple. Les signaux (les signifiants) transmettent des informations univoques (des signifiés identifiables, bien que leurs connotations et les appréciations dont ils sont l'objet, puissent être équivoques). Au contraire, le sub-signalétique, relève d'un niveau d'immanence (il a, en cela, à voir avec le musical et le décoratif. Certes, si un caractère d'immanence est commun au musical, au décoratif et au sub-signalétique artéfactuel, ce dernier reproduit, dans la culture déshumanisée, une teneur de fébrilité que n'ont obligatoirement ni le musical ni le décoratif, quoiqu'ils l'aient souvent).

W. Burroughs 10|18

Le sub-signalétique s'adresse aux corps et à un niveau primaire d'affectivité (affecte les corps et un niveau primaire d'affectivité), sans nécessairement s'intéresser à l'intellect quoiqu'il puisse l'atteindre, mais d'une manière détournée et assez indéterminée (équivoque ou plurivoque). Si le sub-signalétique symbolise c'est sous l'aspect de connotations propres à chaque récepteur (à chaque victime ?). Le sub-signalétique est sans intention informative (du moins ne vise-t-il à aucune précision informative). Il se situe, à la rigueur, dans une disproportion (ou dans une non-concomittance) entre sa stridence, sa puissance, sa fréquence, sa vigueur colorée, et une éventuelle mais non-nécessaire intention de signifier dont il est souvent l'excroissance inutile. — S'il est difficile de tracer une frontière étanche entre les deux, distinguer une classe des stimulis de celle des messages me paraît nécessaire.

W. Burroughs 10|18
W. S. Burroughs a écrit Le Ticket qui explosa, ce qui est presque Le Ticket qui fait biip. — Il a aussi écrit Exterminateur ! — Qu'est-ce qu'il est question d'exterminer ? Des parasites !!

Dans l'univers des émissions, la raison politique a le tort de ne s'intéresser qu'aux messages. Elle reste ainsi une raison sous-développée qui se cramponne à des facilités intellectualistes, qui en reste à un simplisme sécurisant et grégaire — pourquoi grégaire ? Parce qu'il est plus facile de se tenir chaud dans le partage de crédos que dans des géométries plus complexes.

Une telle raison politique (le sens commun critique) abandonne ainsi les êtres humains à des maux qui ne sont pas exactement douleur ni blessure physique, qui ne sont pas non plus directement liés aux oppressions économiques ou sexuées, pas plus qu'aux racismes ou au mépris de la nature. MAIS, de ces intrusions, de ces vrilles, de ces attaques minimes multipliées, de ces interférences pathogènes par effet de nombre..., les nerfs de nos semblables, la sensorialité de chacun ainsi que l'humeur contemporaine sont (seront ?) de plus en plus affectés.


 

JCDecaux et Cie c'est la préemption des espaces publics,

leur accaparement au bénéfice d'une publicité omniprésente, parasitant les installations urbaines — Stations de vélos en libre service, abribus et autres équipements
Libérez
le ciel
sont convertis en multiplex publicitaires — La publicité animée accroche d'autant plus le regard — Une signalétique proliférante transforme toujours plus la ville en source de fébrilité et de saturation sensorielle — JCDecaux et ses confrères contribuent à une ambiance nuisible et hostile, à un environnement contraire à la tranquillité des sens et à l'autonomie de  l'esprit, quoique certains spécimens d'humanité puissent s'y sentir chez soi et seraient mal à l'aise hors de cette sollicitation sans limites.
manif à Lyon, nov.2014

La publicité extérieure à la JCDecaux est moins perfectionnée technologiquement que celle du web 2.0 et du Big Data, mais les deux marchent de front dans un mouvement invasif. Le modèle JCDecaux basé sur les panneaux n'autorise qu'un ciblage faible (surtout géographique, zonal), il perfectionne un mass media traditionnel. Si les dispositifs ont supprimé la colle et le balai, ils pérénisent, en les perfectionnant (affichage rotatif et animé), des éléments tels qu'affiches et panneaux. La vidéo a investi la publicité extérieure mais reste un mass média — pas très fin et donc largement invasif. Je ne sais si la publicité ciblée est moins invasive, mais elle est encore filtrable (au moins pour les usagers dotés d'une certaine compétence), en outre, elle demande souvent une participation des consommateurs(ce qui demande souvent aussi un minimum de compétence).
JCDecaux, à l'instar d'autres opérateurs de publicité extérieure (Viacom Outdoor...) ont aussi expérimenté des systèmes dits interractifs. Ainsi, en 2005, invitation fut faite aux utilisateurs de smatphones pour des démarches actives en relation avec des panneaux équipés d'émetteurs...


 

No fun

L'utopie du web 2.0 et du Big Data c'est la suggestion personnalisée suivant chacun comme son ombre, investissant (infectant ?) chacun en anticipant ses moindres mouvements pupillaires.
Mais l'acquisition et l'utilisation des données personnelles reste au delà du périmètre de ces notes. je ne m'intéresse ici aux émissions subies : excitations figuratives ou non, verbales ou non, visuelles, sonores, vibratoires (et éventuellement s'adressant à d'autres canaux sensoriels, quoique, pour l'instant, ce soient principalement les oreilles et les yeux qui sont concernés).

S'il existe Adblock et d'autres modules filtrants pour évicter les animations intempestives ou pour contrer les spams, pas de parade simple pour désintégrer les surfaces publicitaires sur supports rotatifs ou sur écrans vidéo, pas de dispositifs faciles pour neutraliser les boucles sonores ou visuelles-animées-abrutissantes dans les espaces publics.

 Mondrian-Brodway boogie-woogie

Ce type d'intrusions place l'esprit démocratique et l'esprit tout court devant une urgence conceptuelle délaissée.

Nous sommes face à une occupation tout terrain où se mêlent le signifiant et l'infra-cognitif.
L'humain, à cette phase de la culture, de l'accumulation capitaliste et de l'évolution technique, est placé devant un défi cognitif et sensible. Il convient notamment de cerner la part sub-signifiante de la menace — Aller plus loin que les enfoncements routiniers de portes ouvertes anti-commerciales demande un effort théorique ainsi qu'une sensibilité plus fine que les lieux communs de la gauche de la gauche de la gauche.

L'instinct de vie invite à de nouvelles résistances, à l'émergence de nouvelles intolérances face à la stratégie et au style d'un capitalisme d'immixtion, d'un métacapitalisme réduisant ses opposants incapables d'une vision bilatérale, d'un paracapitalisme qui profite de chaque relâchement de nos plus que jamais indispensables surmois libertaires.

La volonté commerciale a la puissance des réseaux d'automates, des écrans qui émettent et nous atteignent sans que nous les ayons allumés. Le promotionnel (parfois dit communicationnel dans sa stratégie d'auto-promotion) investit des parties d'écrans ou des hauts-parleurs qui se déchaînent à notre insu. La publicité franche ou voilée pour des produits particuliers ou diffus s'impose sur tous les horizons. La promotion marchande est rejointe par la promotion institutionnelle.
L'idéal de ce Système (sa logique sans sujet) c'est le monde transformé en centre commercial, en gigantesque concours d'annonces et — last but not least — en méga-caisson vibratoire, en Empire des stimulis sans commencement ni fin. Ce racolage hyperactif, au delà (ou en deça) de ses messages explicites, s'accorde au goût pour l'inflation musicale et lumineuse, parallèle à l'accélération des tempos jusqu'à la dissolution de l'être dans une transe hétéronome.

Voici l'apothéose de l'incitation à consommer,

conforme à celle du Capital à s'accumuler, et, pour ce faire, à coloniser chaque terminaison nerveuse.

Marketing vorace et anticorps d'intégrité mentale

La défense d'espaces neutres et disponibles est une voie salutaire face à une tendance lourde des paysages construits.

Il est remarquable qu'une municipalité résiste aux courants de saturation alors que l'impératif d'une intégrité sensorielle est rarement à l'ordre du jour des agendas citoyens.

Les anti-pubs mettent l'accent sur le contenu (le signifié) commercial des publicités quand la forme (la vibration en dessous du verbal et par delà le sens figuré) est davantage encore un fléau.

Dans un univers saisi par les automates d'alarme, d'injonction, de promotion, de garniture, d'agitation pour l'agitation et de bruit pour le bruit, dans un environnement d'inflation du volume et de la fréquence des stimuli artificiels multi-canaux, où le sécuritaire se joint au ludique, dans l'ubiquité des clignotements visuels et sonores, pixellisés, automatisés, signifiant par leur message ou par leur insignifiance même, dans un dérèglement logique où le bruit concurrence le bruit et où une excitation ne chasse pas forcément l'autre, défendre le droit au rien, au vide, au coefficient vital de silence quotidien va de pair avec la santé, le bien être, la liberté.

L'indifférence politique et esthétique vis à vis de telles exigences signale la pauvreté des discours dits alternatifs.

Le 25 novembre 2014.

 

J'en ai rêvé

la municipalité de Grenoble l'a fait.

La municipalité écologiste de Grenoble a décidé de ne pas renouveler son contrat avec la groupe d'affichage et de mobilier urbain JCDecaux. Cette annonce, qui était une promesse de campagne du maire, Eric Piolle, est « une première européenne pour une grande ville », explique la mairie :

« La municipalité fait le choix de libérer l'espace public grenoblois de la publicité en développant les espaces d'expression publique et ne lance pas de nouvel appel d'offre pour de l'affichage publicitaire. »


http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/24/grenoble-commence-a-bannir-la-publicite-de-ses-rues_4528080_3224.html

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/12/02/grenoble-se-reve-en-nouveau-modele-de-la-ville-sans-publicite_4532368_3224.html

Il est à remarquer cependant que la mairie de Grenoble n'a pas osé affirmer qu'elle supprimait les panneaux JCDecaux pour les remplacer par rien. Si l'opposition à la publicité a droit de cité, le rien — la vacance des espaces — est décidément une hérésie face aux moutures diverses de l'orthodoxie. Si le protestantisme est envisageable, l'athéisme reste un scandale, un indicible, un inadmissible.

Impressions et avis divers :

« Avis des internautes : Note : par sarah26 Paris, 04/12/2013 Correct Bonnes enceintes. Très facile à utiliser en Bluetooth. Par contre, le vendeur m'a indiqué que l'on pouvait les utiliser avec des cables sans me dire lesquels....Le clignotement est parfois lassant... »
(Copié-collé du site de la Fnac)

« Pour compenser la chute de leurs revenus publicitaires, les sites multiplient le nombre et les formats des encarts. Une tendance qui exaspère de plus en plus les internautes, nombreux à se doter de logiciels de blocage de pub, et à remettre en cause un modèle économique à bout de souffle. Reportage d'Abdelhak El Idrissi. »

http://www.franceculture.fr/emission-pixel-ras-la-pub-en-ligne-2015-01-16 Pixel — France Culture

La sophistication du vice (ou la complexité des arrangements entre vice et vertu) oblige à signaler que l'émission Pixel, comme son nom l'indique, est l'une des multiples micro-émissions (durée : 2 min) dont les programmes de France Culture se sont récemment garnis. Cette pulvérisation des programmes relève indubitablement du même phénomène que l'inflation signalétique et sub-signalétique. Cette inflation est très généralement une augmentation du nombre d'éléments avec diminution de leur taille moyenne. La multiplication d'émissions ultra-courtes relève de cette anticipation des mouvements attentionnels et intentionnels dont il était question plus haut. Pour cela il est bon de conjurer les effets de durée nécessaires à l'autonomie humaine, bénéfiques à l'esprit, utiles pour laisser à la pensée le loisir de se retourner sur elle-même et sur ses objets. Il s'agit notamment d'entériner une surcharge factice de l'emploi du temps et de pressurer le temps vécu dans un esprit de rentabilité jusque dans les loisirs et le temps dit libre. Ainsi donc, cette micro-émission qui nous parle de la pollution signalétique et d'Adblock, dispositif d'autonomie, est elle-même, pour une part, un produit de la fabrique d'hétéronomie. — La micromorphose (la manie micromorphique) est dans l'air du temps. Elle fait particulièrement fureur dans les médias français et notamment ceux de Radio France. Une étude de l'évolution des stations France Inter et France Culture sous l'angle ici indiqué serait pertinente. — Je signale un ouvrage de Georges Sebbag dont le propos rejoint la thématique évoquée ici : Micro-durées (éditions La Différence).

Interview de Georges Sebbag www.youtube.com