Au temps du confinement généralisé, les plaintes pour séquestrations abusives ne sont plus recevables.
« C’est la solidarité qui nous permettra de surmonter cette crise sans précédent, alors d’avance MERCI ! »
« Instacart’s workers will strike for safety protections and hazard pay. A lifeline of food could be at stake. Instacart workers who deliver groceries announced a strike demanding covid-19 protections, a better default tip and hazard pay. » Washington Post March 28, 2020
« AFNOR met à disposition de tous un référentiel de fabrication de masques, dit « masques barrières ». Pensé pour les néofabricants de masques et les particuliers, il permet de concevoir un masque destiné à équiper toute la population saine et complète la panoplie des indispensables gestes barrières face à l’épidémie de Coronavirus. »
« Fabricant de jeans "made in Cévennes", l’atelier Tuffery de Florac, au sud de la Lozère, a stoppé sa production habituelle. Une petite équipe a lancé à la place la fabrication de masques en tissu, pour répondre - gratuitement - à la demande locale. » L'usine nouvelle Publié le 19/03/2020 À 09H47
En quelques jours, le nombre de cas a atteint «moins d'une centaine», selon un responsable militaire.

La phrase ci-dessus, dont les guillemets de rigueur ont été négligemment omis, a été apparemment supprimée de la page où elle fut initialement placée (sur le site du journal La Croix — adresse ci-dessous). Sans doute contaminé par le chaos ambiant, le rédacteur de l'article en aura-t-il perdu la maîtrise des catégories logiques élémentaires, nous offrant ainsi un exemple de poésie involontaire.
La paix apparente est la continuation de la guerre des nerfs par d'autres moyens. —
Aubracs à Bonnecombe

https://www.la-croix.com/Monde/Le-Roosevelt-symbole-dilemme-pose-Covid-19-armee-americaine-2020-04-01-1301087404

En contre-champ de la scène américaine : l'état-major chinois INCRÉDULE mort de rire.

« Nous sommes en guerre. » Macron

«Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent», écrivait le capitaine de vaisseau Brett Crozier.

Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, une certaine incertitude (chez l'adversaire NOS GOUVERNANTS) plane dans l'air.

Relevés décousus (^ v) reflétant carences et incohérences qui peuplent le paysage actuel — pour ne rien dire des pronostics, VŒUX PIEUX de reprise économique, de redémarrage et autre RETOUR À LA NORMALE à la « fin » de l'épidémie..., en attendant l'acte suivant, la nouvelle étape de déflagration dans une nouvelle réaction en chaîne pleine de surprises, l'effondrement plus bas encore d'un système déjà mis à bas, dans une réplique inévitable en un contexte où on se serait — comme on s'apprête à le faire — contenté d'étayer les ruines, de reconstruire sur sables mouvants et où les facteurs du malaise n'auraient pas été contenus, purgés et censurés 0.

Parmi toutes les questions possibles, nécessaires, pressantes et non-évacuables, nous en extrayons une, pas forcément la plus importante mais selon nous pas pour autant dépourvue d'intérêt  :

après la crise de sous-production de masques va-t-on assister à une crise de sur-production ?...

Même question pour les respirateurs et autres accessoires utiles par les temps qui courent mais dont l'état des stocks a montré une cruelle pénurie aux moments stratégiques...

Pénurie en situation d'opulence, surproduction en situation de manque, ajustement difficile..., la main invisible d'Adam Smith révèle en de telles circonstances une facheuse lenteur à la détente et une certaine tendance au déphasage 4.
Épidémie en milieu confiné
Il était une fois le capitaine d'un vaisseau américain dans le confinement duquel le virus s'est invité. Le voilà mis à pied et insulté par... avant que ce même... ne soit à son tour renvoyé (comble de la tragi-comédie et symptôme du dérapage généralisé en un secteur — l'armée — où précisément on eût pu attendre une certaine maîtrise de la situation)... et avant que l'épidémie ne frappe à son tour un autre équipage militaire, français celui-là... et avant que... et avant que...

(Mots clés : aircraft carrier, USS Theodore Roosevelt, Brett Crozier, Navy Secretary, Thomas Modly, Nancy Pelosi, porte-avions, Charles de Gaulle, covid, corona)

[Les passages ci-dessous (après le ]) sont en réécriture.

L'intention est d'approfondir certains passages..., de rechercher des exemples (en particulier, faire une liste de quelques formes de marchés financiers — de machines à sous ? — tout à fait étonnants pour le novice, afin d'illustrer les dispositifs existants pour faire de l'argent — et occasions d'en perdre — de toutes les façons possibles et impossibles)..., présenter, en provenance d'économistes gestionnaires et autres experts, quelques opinions éclairantes sur leurs obscures lumières, mais aussi, issues d'économistes critiques , historiens et non-économistes, quelques citations permettant de mieux appréhender ce qu'il est peut-être légitime d'appeler aberrations actuelles en matière de raisonnement mainstream..., ajouter divers liens vers diverses pages de divers statuts... Telles sont les améliorations espérées que cet article recevra dans les semaines à venir... L'espoir étant de lui donner plus de substance et d'éviter autant que possible certains défauts du genre pamphlet-creux-pour-se-faire-plaisir.

Une idée ici exprimée est la question du rapport de force comme déterminant du type de connaissance adoptée. — On pourrait appeler cette idée le postulat Humpty Dumpty (voir plus bas). — Dans ce qui suit immédiatement, l'idée d'idée est très vague. Il faudrait cerner de plus près le genre d'idées auquel le propos peut s'appliquer... Par exemple, la croissance ou la compétitivité comme objectifs économiques questionnés ou inquestionnés..., les conclusions d'études sur les meilleures manières d'aboutir à certains objectifs, conclusions qui posent deux problèmes : un éventuel dogmatisme dans la valorisation des visées (la croissance, le plein emploi, la bonne allocation des ressources financières, etc.), l'aspect biaisé (ou pas) des conclusions d'études portant sur le meilleur moyen d'assurer certains moyens, des notions comme celle d'externalité, de nouveaux lieux communs et pièges à cons tels que l'adjectif vert employé comme rustine universelle... — Ce qui précède est lacunaire, ce qui suit est sommaire. Passons à ce sommaire. — Les positions institutionnelles des porteurs d'idées ne déterminent-elles pas leurs idées autant qu'elles sont déterminées par leurs idées ? Telle personne n'est-elle pas dans tel cadre parce qu'elle a telles convictions et ne défend-elle pas telles convictions parce qu'elle est placée dans tel cadre ? La tentation est grande de réponde oui, mais la prudence s'impose. Il se peut que le pessimisme sur ce point ne soit que partiellement et différentiellement justifié. Les institutions, groupes ou milieux ne sont-ils pas différemment touchés par la pensée unique, différemment limités dans la variété de croyances et de sensibilités qu'ils admettent ? Le confort, le conformisme, les limites du pensable, l'esprit d'allégeance, le dogmatisme collectif ne laissent-ils pas, dans certains milieux plus ouverts que d'autres, une certaine place à la légitimité de questionner les questions, et un droit de cité au multiforme ? Cela reviendrait à réduire la généralité du postulat de l'institution comme déterminant des idées qu'on y trouve et du recrutement par conformité a priori. —

Si je crois UN PEU aux idées qui se déterminent par leur libre jeu, et donc si je ne suis pas à 0 % idéaliste, je crois largement à une interprétation doublement ou triplement matérialiste (pour le dire vite, détermination par intérêts de classe ou de place et/ou par inclinations psycho-affectives) :

- l'intérêt des personnes (ou la perception qu'elles ont de leur intérêt) contribue pour une large part à leurs idées...,
- les convictions intellectuelles sont donc largement des croyances idéologiques (idéologie et idéologiques sont ici employés dans le sens de la justification)...,
- l'inscription des personnes et des groupes dans les rapports de forces en tant que plus ou moins dominés, plus ou moins dominants, plus ou moins indépendants, influe sur leurs choix exercés parmi les idées disponibles ainsi que sur leurs manières de créer ou pas des idées qui leur appartiennent en propre (de les élaborer, de les combiner)...,
- cette situation en termes de domination et/ou dépendance/indépendance ne se limite pas aux intérêts matériels mais concerne aussi les déterminants affectifs et pulsionnels...

Au sujet de ces fondements qu'on pourrait qualifier de libidinaux : dans la manière dont on placera une idée sur l'échelle du vrai et du bon, je crois à l'intervention du désir. Fréquemment, dans l'adhésion qu'on donnera à une idée (l'inclination qu'on lui portera) ou le refus (la résistance et la réticence) qu'on lui opposera, le goût intervient (je ne peux pas ne pas mentionner au passage les sens différents et contradictoires du mot résistance : comme chacun le sait peut-être, dans l'un de ces sens, appartenant notamment au jargon de la psychanalyse, il s'agit d'une résistance d'inertie, d'une posture régressive, dans l'autre, il s'agit au contraire d'une résistance d'éveil. Dans la parenthèse précédente, les deux sens sont admis. Passons). — Je crois par ailleurs, que le désir dépend pour partie des rapports de forces sociaux et politiques. Je crois aussi qu'il existe un désir de soumission comme un désir d'insoumission. Un désir déterminé par un rapport de domination peut se doubler d'un désir de subir (et d'obéir) ou d'imposer. Imposer pouvant signifier se placer dans une chaîne de domination où imposer à plus bas peut aller de pair avec se soumettre à plus haut. Un environnement de domination pré-distribue ces désirs selon deux grands genres : une tendance à se soumettre (peut-on y adjoindre la tendance à soumettre ?), une autre à se démettre. — Je crois que la détermination fondamentale du demi-choix parmi les idées possibles est celle des rapports sociaux déterminés par les modes de production économiques et les rapports de forces idéologiques qui les entourent. Quant à mes mes croyances et convictions sur les modes d'appropriation générale des croyances et convictions, elles sont à 20 % idéalistes et à 80 % matérialistes.

Parallèlement et simultanément, le thème abordé ici est celui de l'auto-détermination et donc de la liberté. — Je pense que dans un monde plus libre les idées des quidams se détermineront plus librement qu'aujourd'hui. Je pense aussi que dans certaines poches du monde actuel, la liberté dans la détermination des idées est plus active que dans d'autres... Dans le domaine de l'intellect (et de l'âme ?), la liberté est une aptitude, elle correspond au jeu des idées sur elles-mêmes, elle est favorisée par une culture pluraliste librement décantée, par l'échange, par la méditation et la réflexion personnelle..., et aussi par une conscience historique qui indique tout ce que nous devons à notre temps, lequel nous porte et nous limite à la fois (être conscient des contraintes qui pèsent sur l'auto-détermination permet de mieux s'auto-déterminer). Mais cette liberté (et une relative immunisation contre les sophismes) est aussi une esthétique, une affaire de goût et d'exigence, une affaire de souffle, de pneuma. —

(Ces remarques cherchent davantage à ne pas verser dans le fossé qu'à arriver le plus rapidement possible à destination. Il s'agit peut-être d'un discours célibataire qui n'a rien à faire dans une page ouverte à la lecture de tiers... Non pas qu'il faille se mettre à l'abri des tiers mais plutôt qu'il faille leur épargner un surcroît inadéquat. Pitié pour les tiers ? Tant pis ou tant mieux, ce qui est dit est dit)

Le 28 avril 2020.]

Richesse de connaissances étroites,
superstitions intéressées,
pénurie de finalités partagées
Une synthèse possible, en quelques mots, dans une tentative de situer le destin actuel de l'humanité et apporter une réponse abstraite sinon évasive à la question de l'avenir :

Dans un monde plus ou moins aveugle (le capitalisme... d'autant plus aveugle qu'il se développe de manière pure et non-faussée), ce ne sont pas les décisions lucides qui déterminent la voie suivie mais les séries de chocs qui peu à peu barrent les voies impossibles et en indiquent d'autres non-anticipées mais seules praticables.

D'une impasse à la suivante, l'humanité 1 reste un jouet soumis au réel qui s'impose à elle.

Exemple de superstition intéressée :

[manque ici un passage en cours de réécriture concernant deux exemples de constructions théoriques appuyées sur des calculs dont les références artificielles se révèlent comme telles lors de la survenue et la répétition d'événements qu'on croyait impossibles.
Il suffit d'un changement d'époque pour que les lois éternelles de l'économie théorique se révèlent comme purs fantasmes, reflets d'un certain milieu et d'une certaine époque]

mais gageons qu'un tel artefact aura été dûment utilisé dans les années thatchériennes, néo-libérales et dérégulationnistes. — Fait singulier et ironique : fondé sur la légende dorée de l'efficience des marchés, le néo-libéralisme aura achevé de détruire la très faible portion authentique que contenait cette légende par une fuite en avant consistant à hypertrophier, dérégler et opacifier lesdits marchés. Construction excessive (extrémiste), le néo-libéralisme, par ses excès, scie la branche matérielle et idéologique sur laquelle il est assis. Le mantra du libre-et-non-faussé, en anhihilant les régulations, en esquivant les équilibres consciemment instaurés, en voulant transformer le monde sur le modèle auto-réalisé d'un capitalisme parfait (à l'apogée de la religion néo-libérale certains de ses prophètes ont même parlé de fin de l'histoire)..., cette apothéose du laisser-faire a finalement contribué à distordre et à désaxer irrémédiablement le système qui aurait dû instaurer la preuve terrestre d'un rêve de richesse. Loin d'y avoir réussi, le fanatisme libre et non-faussé a engendré une série d'effondrements et n'a eu d'autres recours que d'appeler au secours son ennemi invétéré, l'Etat interventionniste. — Pour fonder « scientifiquement » la légitimité d'un système, de ses desservants et de ses profiteurs, rien ne vallait donc une collection de postulats déguisés en théorèmes ou un ramassis d'études sur des cas bien choisis afin de complaire à la démonstration souhaitée. Ces théories-gadgets ont pu faire illusion pendant un temps.
Homo ludens et le veau d'or
Mais les éclatements de bulles financières ont ruiné la fiction du marché efficient et ont montré les marchés sous leur vrai visage, celui d'une finance-casino avec des prix hors-sol, peu à peu découplés de tout contenu informationnel autre que la foi qu'on leur accorde. — La formule finance-casino est davantage qu'une simple image polémique. La galaxie finance-et-marché a vu se développer un nombre incroyable de dispositifs déclinant sous toutes les formes la figure du pari. Deux figures contribuent à rendre ces marchés-casinos hyper-instables et à leur faire jouer un rôle déstabilisateur : le  pari et la pyramide-bulle. Le type pyramide est consubstantiellement dynamique et déséquilibré. Les constructions basées sur ce modèle sont de plus en plus périlleuses, chancellantes et trompeuses à mesure qu'elle croissent (si tous les paris ne forment pas des pyramides, la pyramide contient une importante dose de pari). — Quant aux crises de défauts (n'est-ce pas une nouvelle crise de ce genre que le covid-19 précipite en y joignant le cataclysme d'une série de décompensations en tout genre ?)... elles sont l'aboutissement d'un entrelac d'activités à crédit, aboutisant à une montagne de nouveaux crédits ne servant plus qu'à financer des crédits qui n'appartiennent plus depuis longtemps à leurs émetteurs initiaux mais à des créditeurs morcellés face à des débits tellement recomposées qu'on ne sait plus ce qu'ils représentent..., jusqu'au défaut en chaîne. La déflagration finale signalant (en un rappel à l'ordre sous la forme du précipité d'une information enfin retrouvée) que l'affaire était malsaine. — Les affaires malsaines sont la destinée d'un capital-risque qui croît jusqu'à dominer l'ensemble tant les profits d'un capital sérieux seraient décevants.

Même quand la gravité des crises les eut ruinés (bulle internet, en 2001, crise des crédits subprimes puis des dettes souveraines, entre 2007 et 2012), les doctrines démenties se sont survécues à elles-mêmes. Les stratégies spéculatives ont alors rivalisé d'ingéniosité pour esquiver les nouvelles règles, fuir les contraintes fiscales et résister aux bornes prudentielles... Les régulateurs publics passant leur temps à traquer les produits-miracles sans se donner les moyens de les neutraliser, étant eux-mêmes, pour la plupart d'entre eux, liés à la finance dérégulée et adeptes du jeu concurentiel internationnal 3). — « Science » et fanatisme intéressé s'étayent efficacement dans la marche à l'abîme. Habillage scientifique, superstition intéressée et « vérité » fonction du rapport du force, tels sont les ingrédients d'une longue hypnose. Hypnose-carburant (les acteurs étant eux-mêmes en état de fascination devant l'argent facile et les artifices divers et variés conçus pour le capter) et hypnose-arme de guerre (campagne idéologique permanente, visant à faire prendre les vessies pour des lanternes et à convaincre le bon peuple de la nécessité d'un système à la fois fou et injuste). Ces adjuvants mentaux contribuent à un jeu-combat, à une vaste lutte de classe (vertigineuse par les montants concernés), à une compétition pour les places et de caste dont l'enjeu est l'appropriation des parts du gâteau. Les prix à rafler provenant de la valeur ajoutée mondiale, mi-réelle, mi-fictive. Partie réelle en ce qu'elle a de durablement cumulatif, partie fictive en ce qu'elle a de gazeux, d'éphémère et voué à s'anéantir à chaque éclatement de bulle.

La mutation d'un virus aura peut-être enfin mis à mal l'hydre de la superstition intéressée en précipitant ce qu'on jugeait trente ans plus tôt « scientifiquement » impossible : l'effondrement légèrement anticipé (ou longtemps politiquement retardée) d'un édifice gonflé à l'hélium, le tout accompagné d'une nième plongée aux enfers d'indices boursiers à la sincérité pourtant « scientifiquement » prouvée.
Notes :
0 Un cap de réforme économique est celui des régulationnistes qui proposent de civiliser la jungle financière et de revenir à un capitalisme plus raisonnable (à une culture économique moins débridée et à de meilleures institutions de contrôle). Cette tendance du capitalisme éclairé entend adosser ces réformes à un green new deal. Ce point de vue se présente aujourd'hui comme la planche de salut du capitalisme. Mais en acceptant — ou plutôt en subissant — un tel plan, l'humanité ne tourne-t-elle pas le dos à une issue authentique ? Nos sociétés ont-elles autre chose à gagner à ce projet qu'un ticket supplémentaire pour la prolongation de la désolation ? La prolongation humanisée d'un système de déshumanisation et de dégâts en tout genre est-elle la seule voie envisageable ?
Le green new deal ou tout changer pour que rien ne change
Ce green new deal réduit en général l'écologie à une parodie d'elle-même en la limitant au seul équilibre du CO2 dans l'atmosphère. C'est totalement réducteur et donne un chèque en blanc au capitalisme vert pour massacrer par tout autre moyen l'écosystème, pour faire fi du droit des populations ainsi que de l'intégrité mentale et physique de chacun. La croissance verte ne contredit en rien le pouvoir multi-prédateur des entreprises capitalistes. Le green new deal n'est-ce pas une aubaine pour le capitalisme de mettre en oeuvre la destruction créative (le renouveau inespéré dont il a besoin) ? Le capitalisme vert n'est-ce pas tout changer en surface pour qu'au fond rien ne change ? — Ces questions placent l'enjeu sur la prolongation historique d'un mode de production. Ce mode de production est celui où de moyen l'économie et sa croissance sont devenue finalités inquestionnées, religion officielle. —

Au delà du jugement porté sur ce système, demeure la question de sa capacité à se transformer et à se relancer sous de nouveaux habits. On vante parfois la capacité du capitalisme à se renouveler, et en effet, les grandes constantes de ce mode de production ont pu se maintenir sous de multiples variantes (parfois même, la sphère capitaliste a existé de manière minoritaire au sein d'un cosmos social qui ne reconnaissait pas l'argent comme but unique, qui en condamnait même les excès, comme au moyen-âge, où des formes sophistiquées d'accumulation et d'échange co-existaient avec une religion qui trafiquaient d'autres biens..., ceux que Max Weber, dans sa magistrale contribution au désenchantement du monde, a appelé les biens de salut). Mais aujourd'hui se posent au maître du monde, au dieu unique, à cette abstraction motrice qui a pour nom capital, de nouveaux défis. Des seuils s'imposent à lui qu'il ne saît comment franchir. Parmi les casse-tête non-résolus : le plafonnement du progrès technique comme facteur de productivité accrue et par là même de hausse des profits.
Au fond, les impasses de la productivité
La puissance démultipliée de l'informatique (la révolution numérique) ne se traduit par aucun gain de productivité comparable même de loin aux pouvoirs des innovations qui permirent, en leur temps, de grands bonds en avant en termes de puissance productive. Parmi les innovations historiquement porteuses, citons le moteur thermique, l'électricité, le chemin de fer, la mécanisation de l'industrie, le tracteur, le camion, les containeurs, ou, antérieurement, l'amélioration du système des routes ou le creusement des canaux, avant même l'époque de la traction motorisée. A de tels acquis démultiplicateurs il convient aussi d'adjoindre la rationalité administrative (statistique, comptabilité, méthodes de gestion, coordination par les organismes publics, Etat patron, Etat maître d'ouvrage, Etat stratège...). Enfin, parmi tous les facteurs de productivité, on ne doit pas oublier de mettre à sa juste place l'accroissement du niveau technique des travailleurs (lui aussi largement permis par l'Etat et le système scolaire). Si internet a eu un effet profond, il ne faut pas oublier que le télégraphe électrique, les câbles sous-marins, le téléphone, existaient déjà cent ans auparavant. Ces inventions ont peut-être été plus révolutionnaires pour la rentabilité et la puissance de production des entreprises que les pages hyperliens (le www) et les contenus multimédias. Hormi certains secteurs, ni internet ni le numérique en général ne semblent avoir permis des bonds de productivité exceptionnels. D'énormes ensembles industriels étaient déjà automatisés dans les années soixante-dix... — Si au XIXesiècle les techniques et la coordination bancaires ont pu seconder l'industrie et les grands travaux en rationnalisant les modes de paiement ou en canalisant le crédit utile afin d'impulser la machine productive et la faire tourner sans temps morts (avec le bémol de quelques aléas plus ou moins cycliques et de quelques faillites retentissantes), les sophistications actuelles (permises par l'interconnexion des ordinateurs) jouent souvent comme un anti-progrès sur le plan économique.
La furie de l'innovation, un anti-progrès
On a assisté peu à peu à la création de monstres parasites, à une économie de flux de bits sillonnant le monde à toute vitesse sans contre partie productive, à des excroissances démesurées, à des dépendances internationales sources de fragilité et d'instabilité. Sans doute a-t-on vu, au passage, les technologies de l'internet faciliter les délocalisations contrôlées à distance, avec la possibilité d'écraser pendant quelques années les coûts de main d'œuvre au bénéfice des exportateurs de capitaux productifs et des importateurs de marchandises manufacturées et autres services offshore. Mais même cet effet majeur de la mondialisation informatisée sur l'économie réelle s'avère aujourd'hui destructurant et intenable. D'autre part, cet effet réel (et en même temps fort problématique en termes de justice sociale et de soutenabilité) s'est vu submergé par une jungle de nouveautés technologiques d'emblée dangereuses pour l'équilibre du système.
Déconnection, substitution, déréalisation
Un tourbillon de mouvements débridés étend son empire, mais la logique de cet univers parallèle se révèle de plus en plus déconnectée de l'économie réelle. Il existe dans le capitalisme et son avatar financiarisé une tendance à produire des effet de déréalisation. La réification ou chosification de l'humain qui va de pair avec l'exploitation de l'homme par l'homme est certainement la forme la plus classique de déréalisation. Un être humain n'est pas une chose. Utiliser les être humains comme des machines est un problème éthique mais aussi un problème de perception. Exploiter des enfants (sport longtemps pratiqué par le patronat européen du siècle avant-dernier et toujours apprécié par les firmes multinationnales aujourd'hui-même, faire trimer des adultes dans des conditions qu'on ne voudrait pas pour son chien c'est assumer à cette occation un effet déréel (une confusion cognitive, un chaos intellectuel et moral). La déréalisation et le capitalisme font donc traditionnellement bon ménage. Mais la financiarisation qui transforme comme jamais le monde en casino et en monopoly permet au capital de faire un nouveau pas dans une logique de déconnection multidimentionnelle (dans la déshumanisation de plus en plus poussée, dans la perte de contact avec le moindre résidu d'authenticité, dans la soumission de tout à un simple indicateur, en une mystique monothéiste vouée à un seul fétiche, le retour sur investissement, sur mon investissement si j'agis en compte propre, sur l'investissement de mes clients ou chefs actionnaires si j'agis comme fondé de pouvoir ou salarié). Ainsi, des rues, des villes, des quartiers ne sont, pour le capitalisme financier et le secteur immobilier mondialisé, en rien différenciables de simples produits financiers qu'on achète sans les connaître et qu'on revend au gré des opportunités... Si toutefois ce rapport d'abstraction propriété-propriétaires ne se solde pas, un beau matin de krach, en ruine économique.
Le capital mis à mal par lui-même
Même si la mise à distance est un corrolaire classique du capitalisme, la finance à haut rendement a porté l'effet déréel à des niveaux inédits. En outre, il existe toujours dans l'économie un niveau plus réel que les pyramides et les montages alambiqués de la finance. On est donc toujours en droit de parler d'économie réelle (bancale, injuste, aberrante, non-soutenable mais réelle).
L'immatériel et son poids écrasant
Et face à cette économie réelle dont il n'est pas absolument coupé mais vis-à-vis de laquelle il a sa propre logique, le capital financier le plus pur permet au capital de réussir cette prouesse ultime : se nier lui-même, se faire dépasser par son propre simulacre, se faire parasiter et désaxer par un sous-produit de lui-même (pour ne pas dire pourrir de l'intérieur, commme le sous-endentent les investisseurs eux-mêmes lorsqu'ils parlent d'actifs pourris, de junk equities et autre junk bonds).
Substitution et accident par durdose
Or, l'activité productive (injuste, largement aberrante, non-soutenable... et pour tout dire indubitablement destructive quoiqu'objectivement productive) apparaît de plus en plus atteinte par cette langueur économique qu'on appelait jadis le marasme des affaires et qu'on a récemment intitulé la stagnation séculaire (mais peut-être ces deux tendances n'ont-elles que peu de rapport, la seconde étant probablement un signe de viellissement systémique beaucoup plus sérieux). Déconnectée de l'économie réelle n'est peut-être pas la bonne façon de qualifier la finance démultipliée (branche d'activité à la fois folle et remarquablement intelligente, créative quoique parfaitement bornée et nocive). En effet, ne peut-on dire que la finance hypertrophiée se présente pour une part comme le substitut d'une économie réelle décevante et pour une autre comme une tentative afin de la doper ?
De comment réveiller le grand malade à commment ressuciter le mort
L'assouplissement monétaire à perte de vue avait pris place avant la pandémie (les économistes pensifs consultaient alors les oracles en se demandant si, après dix ans de politiques monétaires non conventionnelles, un retour à la normale était possible...). Le chômage et l'abstinence planétaires soudain provoqués par la pandémie ont portés la prodigalité monétaire préexistante à un niveau inimaginable... Ce signe de stagnation et d'affaissement des ressorts d'un système (crédit à taux zéro, don d'argent pour réamorcer un système productif apparemment épuisé que ces stimulus ne semblent même plus capables de réveiller)..., cette croissance en berne (selon la formule consacrée) suivie d'une dépression abyssale ne constituent-t-elles pas l'ombre la plus menaçante pour la religion universelle en vigueur ? New deal ou pas, le capitalisme n'est-il pas un colosse dont les ressources s'épuisent ? La croissance qu'il porte en lui comme une nécessité consubstantielle n'est-elle pas en bout de course ? L'exploitation du travail qui fut sa base et son principal nutriment n'a-telle pas consommé et exténué son stock de prodiges ? A l'heure du quantitative easing sans effet et du plafonnement de la productivité, le capitalisme peut-il faire autre chose que se dégrader ? — La stagnation de la productivité n'est-elle pas le noyau dur de la crise ? C'est ce blocage qui semble induire la recherche de bulles, seul moyen de créer substantiellement du profit (même si à court terme et voué à se dégonfler périodiquement en des effondrements à grand spectable). L'épuisement d'une expansion qui fit merveille pendant deux siècles (et essentiellement fondée sur l'exploitation du travail par le capital) est un vrai mystère insoluble et une disgrâce apparemment impossible à transcender dans un contexte où les pseudo-révolutions technologiques et même les véritables s'avèrent sans grand effet productivement parlant.
Et soudain, l'inconnu, la grande vacance
Le capitalisme subit une crise existentielle d'existence qui n'est pas un petit coup de blues ou un simple effet de comportements erratiques ou marginaux. Les errances spéculatives et débridées auxquelles on a assisté (et que de nombreux incurables espèrent voir repartir de plus belle après un bref k.o.) ne sont-elle pas la meilleure issue pour assouvir les besoins de profit, la soif inépuisable d'argent, seuls cahiers des charges conformes à l'essence du capitalisme ? Mais, hélas pour lui, ce type d'issue semble désormais ne pouvoir être que provisoire et désespérée.
Y a-t-il un prophète dans la ville ?
Un doute demeure, tapi dans l'ombre, refoulé, inavouable, qui se précipite désormais de plus en plus fréquemment sous la forme avec laquelle nous sommes en train de nous familiariser, celle de l'effondrement avec répliques. — Une vraie crise semble n'être jamais ponctuelle mais devoir toujours se manifester sous la forme prémisse et plongée aux enfers, en désastre sur un plan s'enchaînant avec catastrophe sur un autre, dans des phénomènes de métamorphose et de réactions en chaîne, effets domino, explosion suivie de déflagration, oiseaux de mauvais augure et pluie de flammes sur Babylone.
Le moment shakespearien
Quoiqu'il en soit, les orchestres feraient bien de s'exercer au requiem. To be or not to be that is the question. — Dans ce contexte où la seule perspective semble être le pourrissement et la longue agonie d'un système (avec chutes dans le chaos éventuellement ponctuées de renflouements provisoires grâce aux prouesses de docteurs Feelgood appelés en urgence au chevet du grand malade)..., vu la difficulté toujours grande de l'humanité à se concerter pour instaurer sa propre maîtrise, à quels cauchemars mous doit-on s'attendre dans les lustres à venir..., quelles abominations rééditées ou inédites doit-on redouter à échéance indéfinie ?

1 Bien que parcourue de mouvements subjectifs à des échelles les plus diverses, bien qu'éclairée de moments d'autonomie ponctuellement vifs voire héroïques, l'humanité et ses grands sous-ensembles stagnent encore à un stade passif en termes de subjectivité. La libre définition des finalités restant d'autant plus hors d'atteinte qu'elle (cette libre définition, cette saisie par de vastes groupes humains de leur propre histoire, cette auto-gestion multiforme) ne s'est pas instaurée en objet de désir...

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[le passage sur le spécimen de théorie évoqué dans cette note est en réécriture]

Découvert ce spécimen élaboré de raisonnement étroit (sophistication syllogistique en un cadre de présupposés abritraires et de démenti empirique) dans un texte de Michel Aglietta (qui souligne poliment l'inefficience de telles théories à propos de l'efficience d'un système qui s'est déjà écroulé, a été renfloué de l'extérieur par les institutions publiques, et, nonobstant toutes les tentatives pour le rafistoler, menace à nouveau de s'écrouler).
Référence : Persistances de fragilités financières, texte de 2019 recueilli au sein de la publication du CEPII L'économie mondiale 2020.

3 Exemple emblématique de la police de mêche avec les délinquants : alors que la lutte contre les paradis fiscaux était annoncée par l'Union européenne, le chef d'un de ses organes dirigeants n'était autre qu'un ancien dirigeant de paradis fiscal, l'ancien premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Junker.

4 La longue histoire du capitalisme libéral (est-ce un pléonasme?) s'est accompagnée de formules attrayantes crées par une ribambelle de théoriciens-idéologues. On peut citer : la main invisible, l'efficience des marchés, les anticipations rationnelles... Nous nous proposerons d'en compiler modestement une liste supplémentaire et d'associer ces gadgets pseudo-scientifiques aux révisions critiques (critique de l'économie politique) dont ils furent l'objet (dépendament ou indépendament de la façon dont la réalité les a mis à mal). — Comme les marques de lessives, l'art contemporain et autres produits de grand style, le capitalisme s'est toujours accompagné de gadgets conceptuels. Souvent, ces gadgets avaient une part de vérité. Mais ce sont précisément les tendances qui ont tenté de les imposer à pleine dose qui en ont révélé toute la partialité. Si vous abandonnez un système-monde à la main invisible d'Adam Smith celle-ci se révèlera complètement folle et dyslexique.
which is to be master
Après la ruine de la théorie de l'efficience, un autre lieu commun semble s'être immiscé dans l'idéologie (le mainstream) économique : la crise comme figure de la normalité et pourquoi pas de la santé du système. — À ne pouvoir guérir de la peste on la désigne comme un signe de santé (dans une fuite en avant d'un sophisme à l'autre de plus en plus sophistique et tiré par les cheveux au fur et à mesure que le verdict du réel a remisé le sophisme précédent au magasin des recettes invendables, magasin jadis affublé de l'énergique appellation de poubelle de l'histoire)..., jusqu'à ce qu'une peste un peu plus virulente ou une tempête un peu plus violente que les autres renverse le dernier édifice de croyance et coule plus nettement qu'auparavant la NEF DES FOUS globalisée (contrairement aux discours de sauvetage d'un système failli, la crise de 2020 n'est pas une crise économique déclanchée par des facteurs purement extérieurs à l'économie mais la rencontre planétaire d'une série de dérèglements politiquement déterminés : crise biologique, crise économico-financière, crise des biens communs, crise des services publics, crise de la démocratie, fracture sociale). — Mais, jusqu'à expirer son dernier souffle, le dernier thuriféraire de la machine à faire de l'argent avec de l'argent (et encore mieux, avec de l'argent emprunté) trouvera assez de force pour annoner que tout ne va pas si mal (... au royaume de Danemark, malgré l'avis contraire d'Hamlet qui trouvait à ce royaume une allure un peu pourrie). — Notons incidemment que la lubie idéologique des crises (éclatements de bulles) vues comme parties intégrantes du nouveau jeu (autrement dit l'apparition d'un imaginaire dans lequel le dysfonctionnement devient un corollaire et un comparse, sinon la preuve scientifique, de la normalité) a pu s'immiscer même sous le crâne de certains membres de collectifs d'obédience régulationniste comme le CEPII (ce qui est un comble et souligne simplement l'empire du rapport de force et du poids du « réel » sur la raison des faibles, autrement dit des riches en connaissances étroites).

En soubassement de mes divagations à demi-confinées je signale que réside le postulat épistémologique suivant :

La lucidité (esprit critique) n'est pas un travail de l'esprit sur lui-même mais un changement de rapport de force.

Dans une large mesure, être dans le faux c'est se soumettre par peur d'enfourcher vaillamment le cheval de la raison. Avoir raison au regard de l'avenir, de l'humanité intérieure et de l'humanité tout court, c'est oser en prendre le risque.— Il s'avère que sous le régime actuel, la raison est une vertu contra-cyclique (mais ce point de vue d'actualité est presqu'accessoire car l'instinct de vérité et les anticorps contre les charlatans procèdent d'une source plus profonde).

(Que la logique n'est pas uniquement affaire de logique mais aussi de force et d'énergie c'est aussi ce que pensait Humpty Dumpty qui secouait la naïveté résiduelle d'Alice en lui disant que, face aux mots et aux idées, l'important est de savoir qui est le maître, which is to be master)

Peyre-en-Aubrac, avril 2020.

(Mots-clés : régulation, dérégulation, efficience des marchés, régulationisme, liberté, passivité, forces aveugles, main invisible, Aglietta, Marx, Shakespeare, Humpty Dumpty, Areski et Fontaine)