
 Dernière modif. 05 08 2010
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Alteregoscopie /micro-roman Il
restera inscrit au bilan de quelques-un(e)s à la colonne des regrets éternels.
(c'est actuellement son seul projet politique)
Il en retire un soulagement minuscule.
Alteregoscopie /micro-roman Regrets éternels
Certains ou certaines loupent le coche par défaut d'audace, manque de présence d'esprit, auto-censure, respect des
convenances, confort jugé préférable. L'occasion perdue va se loger dans la boîte des
regrets éternels.
...
Ils ou elles ont depuis appareillé sur un autre bateau, le seul qui prenait encore
des passagers.
Afin de ne pas
troubler l'illusion de leur bon choix, ils ou elles prennent garde de tenir bien scellée la boîte des
regrets éternels.
Mais du coffret fermé s'échappe parfois (de préférence lors de certains quartiers de lune)
un chant lointain et lancinant. Sans qu'ils ou elles y prêtent attention,
les regrets éternels viennent les hanter de leur voix ténue
mais pénétrante, comme un chant subliminal.
Ils ou elles n'en reconnaissent pas la provenance, et c'est à peine s'ils ou elles l'entendent,
mais ils ou elles en éprouvent de curieux maux d'estomac qui les rendent (lors de certains quartiers de lune) étrangement
lunatiques, et parfois même féroces.
Relevés du quotidien Ce mardi matin,
je demande l'heure à un homme arrêté.
- Ma montre est arrêtée à dix heures... Elle s'est arrêtée..., me dit-il, en me
montrant, à son
poignet, un bracelet en métal
doré dont le cadran aux aiguilles en métal doré indique
neuf heures.
J'ai comme un doute... Je me retourne alors vers une femme qui passe.
- Dix heures cinq, me dit-elle.
Ouf ! le monde reprend son cours, lent et irrésistible.
Environ une demie-heure plus tard, je repasse au même endroit. L'homme à la montre arrêtée n'a pas bougé (le
contraire eût été étonnant). De nouveau dans la nécessité civile de me coordonner avec ce support objectif connue
comme la mesure scientifique du temps, je demande l'heure à un livreur d'échantillons sanguins qui file
droit devant et ralentit à peine pour me répondre. Il me
montre la sienne qui, j'ai le temps de l'apercevoir, indique onze heures quinze. (ça ne correspond à rien -
il ne peut pas être onze heures quinze)
- C'est l'heure des Etats-Unis, désolé, me dit-il. Mon aplomb subit alors
un léger vacillement.
(onze heures quinze ça ne correspond
quand même à rien, j'en ai la certitude) Question
rhétorique : s'il était onze heures quinze aux Etats-Unis, pourrais-je en déduire quelque chose
quant à l'heure qu'il est ici, sous la longitude approximative du méridien de
Greenwich, auquel il faut ajouter, ou soustraire, quelques degrés de longitude est ? (question rhétorique, puisque je
sais que
onze heures quinze ça ne correspond à rien, mais question quand même car mon cerveau
ne peut s'empêcher de s'attarder sur cette information qui n'en est pas une) Puis, je réalise (et de réaliser cela,
curieusement,
je ressens un imperceptible soulagement) que
les Etats-Unis
n'ont pas une heure mais s'étendent sur plusieurs
fuseaux horaires.
Je me dis que ce matin j'ai un problème avec la montre des autres.
(Devant la boutique Bouygues-SFR attenante au Super U
du boulevard Sakakini, à Marseille -
Mardi 22 juin 2010, entre 10h et 10h45)
Alteregoscopie /micro-roman Si une telle,
dit qu'elle va bien sans que nul ne lui demande, il ya de fortes chances qu'elle n'aille pas si bien.
Egoscopie /micro-roman Si je
(me) dis que je ne le referai jamais, il y a de fortes chances que je le refasse.
Les vraies résolutions ou stratégies alternatives se dispensent des proclamations.
Celles-ci cherchent à (me) convaincre en dépit du doute qui me hante...
Doute quant à mes chances de ne pas retomber dans le fameux piège dont j'excelle à ne pas
savoir me défier,
et même, dans certains cas, dont j'excelle à ne pas
vouloir me défier (en dépit de la version officielle).
Hors-sujet (Le bon, le beau, les maux, les mots) Monde malade de ses expressions ou expressions malades de leur monde ? (suite)
Si la foire aux vanités bat son plein, si les sabirs mimétiques s'en
donnent à coeur joie, si l'onomatopée remplace parfois l'énonciation, ce n'est qu'une partie d'internet
(avec une place particulière occupée par les miettes racoleuses du kaléïdoscope publicitaire) qui accueille
sans restriction ce fast food.
Par ailleurs, il est peu d'espaces - physiques, sociaux, urbains, médiatiques - que celui-ci laisse indemne.
La
dévaluation du langage n'est pas
propre à internet, et il n'est pas sûr qu'elle y soit pire qu'ailleurs.
Le mot "langage" est pris ici dans son acception la plus large : énoncés verbaux,
artefacts sonores,
images en tous genres,
présentation de soi... "Dévaluation" va de pair avec prolifération, comme dans l'économie
monétaire, où dévaluation et inflation sont deux aspects d'un même phénomène.
La
rumeur informe et le déversoir généralisé gagnent du terrain dans
l'espace de la parole, que celle-ci soit numérisée ou orale, publique ou privée,
juvénile ou pas, artistique ou informelle. Pseudo-idées,
pseudos-nouveautés, pseudo-mots,
pseudo-libertés (cohabitant avec d'énormes censures),
surcharge...
Autant d'avanies dont la blogosphère
a sa part mais pas l'exclusivité. Mais ce n'est pas seulement
la sphère de la parole - l'acuité verbale, avec ses bases intellectuelles et sensibles - qui s'émousse en
gonflant, c'est aussi
l'espace du silence et de l'innocence qui se voit menacé par
la nullité - la nullifiance - signalétique. Toutefois, peut-on parler d'une décadence culturelle généralisée ?
Je dirais plutôt d'un environnement bruyant et parasité (par le fait des personnes, des institutions,
des techniques, de la fureur de vendre et de se vendre). Mais de nombreuses expressions -
à rebours des modes et de l'entropie - restent dignes d'intérêt, fraiches,
discrètes (savamment ou innocemment), tonitruantes, généreuses, sérieuses (dans le meilleur
sens du terme)... Paroles et
signes de survivance(s) et/ou de révolution(s). Et puis, deux aspects contradictoires
(brouillage
et éveil, anesthésie et pertinence, machine molle et subjectivité)
sont parfois entremêlés (commutant entre premier et second degré, aux limites floues entre agitation maniaque et
vitalité...), à tel point qu'il est difficile de toujours saisir leur nature et il faut y voir de plus près.
Sur le lien entre néo-capitalisme et inflation signalétique :
Le néo-capitalisme c'est celui des 15% de retour sur investissement comme norme annuelle, celui qui
va de bulle en bulle,
de crise en crise, celui des expansions fictives et des maquillages en
tout genre. Ce système plein de trous d'air décline
les précarités et les déséquilibres à tous les étages : du côté des
nouveaux riches (traders internationaux, oligarques russes...) aussi
bien que chez les pauvres (qui tentent souvent de conjurer
le marasme par des fictions ostentatoires).
Les
dynasties fortunées et l'aristocratie ouvrière - normes affaiblies par
trente ans de thatcherisme, de dérégulation, de floraison des actionnaires, de
prospérité du crime organisé, de chômage...
-
s'adossaient à une forte légitimité. Au contraire, les identités précaires - celles
d'en haut et celles d'en bas -
compensent par une inflation signalétique, par des stratégies publicitaires, par une loghorrée idéologique
(le style Sarkozy est une apothéose dans ce domaine, mais aussi, dans la ville où j'habite, le style
Gaudin-Muselier, avec la bulle urbaine qui va avec).
Société du spectacle, reigne du paraître, effort
sémiotique de chaque instant face aux inquiétudes... Question (ou ébauche de question, laquelle en impliquerait beaucoup
d'autres) : ces stratégies - narcissisme des institutions
et bousculades des ego - ne sont-elles pas des
avatars de la luttes des classes, des compléments
à la lutte des classes, en même temps que le déni de cette même lutte
des classes ?
Exigence déontologique :
Je n'ai rien contre l'abstraction cinglante - non que mon petit texte soit exactement dans ce style. Quoi qu'il en
soit, il vaut mieux qu'elle soit fondée sur une vision musclée et/ou résulter d'une synthèse à partir de collectes
concrètes. Si bien qu'en en restant là je pourrais me retourner le reproche que je fais à certains blogs
(et aussi à certains pamphlets professionnels). Par conséquent,
j'illustrerai (sans échéance trop précise) cette tribune par des relevés. Je pourrai relier ainsi mes deux rubriques
Hors-sujet (Le bon, le beau, les maux, les mots) et Relevés du quotidien.
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